SCOR MAGAZINE No17

L’AFRIQUE À LA RECONQUÊTE DE SON DESTIN

L’Afrique change. Lentement, parfois dans la douleur, mais avec une conviction qui semble désormais gagner du terrain : celle de ne plus vouloir être seulement le continent qui fournit les matières premières, consomme les produits finis et subit les décisions prises ailleurs. Des champs de cacao aux universités, des réseaux sociaux aux terrains de sport, une même question traverse aujourd’hui les réalités africaines : comment reprendre le contrôle de notre propre destin ?

Sur le plan économique, le débat autour du cacao est emblématique. Pendant des décennies, l’Afrique a produit une grande partie du cacao mondial sans capter une part équivalente de la valeur créée par sa transformation. La volonté de mieux organiser les filières, de transformer localement et de peser davantage sur les marchés traduit une prise de conscience essentielle : le véritable enjeu n’est plus seulement de produire, mais de créer de la richesse à partir de ce que l’on produit. La ZLECAf porte cette même ambition à une échelle continentale. Mais l’intégration africaine ne pourra devenir réalité que si les frontières économiques, les barrières commerciales et les réflexes protectionnistes cèdent enfin la place à une véritable solidarité économique.

Cette reconquête passe aussi par la diversification. Le Botswana mise sur le chanvre pour préparer l’après-diamant, tandis que la Namibie cherche de nouvelles marges de manœuvre face au poids de la dette. Ces expériences rappellent qu’aucune économie ne peut durablement dépendre d’une seule ressource.

Mais le développement ne se mesure pas uniquement en chiffres. Il se joue également dans la société. Les réseaux sociaux offrent à la jeunesse africaine une puissance d’expression et d’influence sans précédent, tout en exposant cette même génération aux dérives de la désinformation, de la comparaison permanente et de la quête de visibilité. Dans l’enseignement supérieur, les universités francophones continuent, malgré des moyens limités, à former des générations capables de porter les ambitions du continent. Elles méritent davantage qu’un simple hommage : elles ont besoin d’investissements à la hauteur de leur rôle stratégique.

La culture, elle aussi, devient un instrument de puissance. Le rap ouest-africain s’impose comme une formidable force d’influence, tandis que la disparition de voix comme celle de Bissi Mag rappelle combien la mémoire culturelle africaine demeure fragile. Préserver ces voix, c’est préserver une partie de notre identité.

Et puis il y a le sport. Le sacre des Lionnes Indomptables à la CAN féminine 2026, comme les performances africaines aux Commonwealth Games, illustre une évidence : l’Afrique ne se contente plus de participer, elle veut gagner et s’imposer.

Économie, gouvernance, agriculture, éducation, culture ou sport : les combats sont différents, mais l’ambition est la même. L’Afrique est en mouvement. Reste désormais à transformer cette énergie en stratégies durables, cette prise de conscience en décisions et ces réussites isolées en véritables dynamiques continentales. Le temps n’est peut-être plus à demander quelle place le monde veut bien accorder à l’Afrique, mais à construire celle qu’elle entend occuper.

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